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18 octobre 2010 1 18 /10 /octobre /2010 12:19

Awareness, Présence & Contact

 

Les chevaux sentent ce qui se passe dans notre ventre, notre cœur et notre tête. Les chevaux ont la capacité à nous renvoyer en miroir ce que nous ressentons au fond de nous, dans notre corps, au-delà du perpétuel flux mental qui nous traverse. Chaque fois que nous sommes en interaction avec un cheval, notre degré d’awareness sensoriel et émotionnel affecte profondément la manière dont le cheval va réagir à notre égard. C’est une question de qualité de contact et de présence.

 

 Do & psar 

La frustration, l’énervement, la joie, la colère, la peur, la sérénité etc. ces émotions, qu’elles viennent d’un humain ou d’un autre animal, créent chez le cheval soit l’expression de la même émotion, soit la fuite, rarement la confrontation. Si il se sent en danger et qu’il ne peut fuir le cheval va « dissocier » et entrer en « transe ». Dans ces moments là il peut apparaître docile et soumis. A l’œil averti et sensible il apparaitra terne, éteint, manquant de motivation et de vitalité. C’est le destin de la plupart des chevaux, ils sont soumis a un dressage généralement sévère, souvent de la torture, par des moyens de coercition douloureux. Ils apprennent vite ce qu’il faut faire pour souffrir le moins possible.

 

RollkurFig12

  Photos internetwestern spurs

 

Le cheval libre vit en troupeau soit à manger en marchant, soit à ne rien faire il est expert en « wou wei » (le non-faire). Il réagit immédiatement à toute nouveauté ou stimuli. Pour lui, l’émotion est information et induit le next : fuir ou bien se rouler dans l’herbe, se regrouper avec les petits ou paître tranquillement tout en avançant au gré des pâtures, se tenir au fond du box ou venir au contact... Ce système sophistiqué de « ressentir » est ce qui permet à ces paisibles herbivores de survivre en milieu sauvage.

  

 Pour réaliser nos objectifs, nous occidentaux avons appris très tôt dans la vie comment nous dissocier d’émotions porteuses d’informations comme la peur, l’anxiété, la frustration, et la colère et nous ne sentons pas où vivent ces émotions dans notre corps. Les sentir augmenterait la frustration d’aller à contre courant des mouvements naturels. Les ignorer permet de répondre à l’injonction parentale, scolaire, sociale… et ainsi d’anesthésier le corps, les ajustements possibles, les choix de vie vers lesquels les sensations et émotions nous dirigent. Les avortements de figure chronicisés en échecs successifs démontrent que c’est une fausse piste qui maintient l’illusion de sécurité en maintenant un état d’urgence de basse intensité.

 

Phoebus & Mere portrait

Phoebus et Merelis, photo Dominique Cuyvers

 

C’est ainsi que l’humain développe toute une batterie de moyens qui freinent, voire bloquent ses ajustements créateurs : peur de l’échec, trop de certitudes, crainte de l’inconnu, prisonnier des habitudes & certitudes, ignorant de son imaginaire & sa fantaisie, évitant la confrontation, répugnant à jouer, myope face aux ressources disponibles, redoutant de se laisser aller, les sens émoussés, la vie émotive anémiée, prodigieuse carence de foi, refusant le possible inconnu, etc…

  

Ignorer les messages émotionnels nous éloigne de notre sagesse sensorielle. Emotion vient du latin motio mouvement. Le mot émouvoir est issu du latin populaire exmovere. Le préfixe ex ajouté au verbe movere signifient « mouvoir hors de », et exmovere vient du latin classique emovere, mettre en mouvement. 

   

Ignorer ces émotions les retient dans le corps. Ce qui ne s’exprime pas, s’imprime ! Tout est alors prêt pour mettre en place le cercle infernal des somatisations… Chaque émotion est une information en rapport avec ce que qui est vécu in situ, ici et maintenant et le « next » ! Il ne s’agit pas de devenir « émotionnel » ou de laisser les émotions se déchaîner. Il s’agit d’utiliser les émotions.

 

En Gestalt thérapie et dans le travail avec les chevaux, nous n’essayons pas de nous «débarrasser» de l’émotion. Au contraire, nous l’écoutons, nous l’accompagnons et sommes réceptif(ve)s au sens que prend le mouvement, à la direction de next qu’il indique.  L’émotion est information !

 

Restaurer la capacité à sentir est fondamental. Encourager et soutenir la personne a la présence en mode ça, avec un cheval, incite une vigoureuse augmentation de l’awareness. Ce travail thérapeutique assisté d’un animal de 500 kilos a quelques avantages sur la séance en cabinet, il augmente l’habileté à la communication non verbale, l’assurance et l’affirmation de soi, il encourage la pensée créatrice, augmente la « réponse-abilité », définit les limites, clarifie les relations, améliore le travail d’équipe…

 

Délice, Phoebus Umbo

  Phoebus, Iris et Umbo, photo Dominique Cuyvers

     

Quand une personne, que ce soit le thérapeute ou le client, arrive avec une demande de preuves ou d’efficacité de la méthode, un projet de « réussite » d’un exercice proposé, avec un « plan » à suivre ou avec « moi je prends celui là » plutôt qu’avec « c’est le chemin qui compte et pas le but » il est assuré de rater l’exercice, cela fait fuir les chevaux. Il y a à lâcher le vouloir et à tenir en filigrane une claire intention. Le vouloir emprisonne le possible, l’intention tend vers l’émergence d’une figure claire et esthétique, toujours émouvante. Les gens repartent avec de la matière à mastiquer et avec une awareness à re-découvrir et à mettre en pratique dans d’autres situations, à s'approprier.

 

Baisemain Nevzorov

  Alexander Nevzorov Photo Lidia Nevzorov 

  

 Ce que nous ressentons a peu d’importance. Ce qui est important, c’est d’être dans une conscience centrée sur le corps (awareness), autant pour le thérapeute que pour le patient. Je suis invariablement surprise comment les chevaux en liberté réagissent avec les humains au cours de ces processus de prise de conscience des sensations corporelles. Lorsque l’attention de la personne est portée sur son corps et sur l’émotion présente, le cheval passe d’un état nerveux, dispersé ou inattentif, à une attitude détendue, calme et au désir de communiquer. A l’inverse, les chevaux prennent naturellement de la distance avec les personnes qui ont des tensions dans leur corps quand elles n’y prêtent aucune attention, quand il n’y a pas d’awareness socio-sensuelle. C'est-à-dire awareness de ce qui se passe dans son propre corps en même temps qu'awareness de ce qui se passe autour de soi avec les autres êtres sentants présents.

 

Delice & Merelis

 Iris et Merelis Photo Dominique Cuyvers

 

Lorsque une personne centre sa conscience dans son corps (awareness), le cheval vient spontanément vers la personne, baisse sa tête, commence à lécher et à « mâchouiller », à bailler et à s’étirer (signes de détente).

 

Nunu kiss Chris

Christine et Rock My Nugget, photo Dominique Cuyvers 

 

Les chevaux se détendent lorsque chaque individu de la harde est  détendu, paisible dans son environnement. A ces moments là, nous n’entendons que le son de la nature environnante et le bruit des mâchoires des juments qui mangent l’herbe, parfois le son du galop des petits poulains qui batifolent ensemble ou le hennissement de l’un ou l’autre membre de la harde qui s’ébroue.

 

Troupeau 2008d

 Troupeau 2008, photo Dominique Cuyvers

 

Equus Gestaltung est une mise en situation qui implique une équipe composée d’un ou plusieurs chevaux, d’un-e Gestalt thérapeute et d’un-e spécialiste des chevaux. Equus Gestaltung c’est avant tout une situation captivante avec des chevaux qui aident des humains à se vivre différemment en créant un précédent relationnel exigeant en authenticité et en concentration, en coopération et en qualité de contact.

  Umbo & Ulysse

Umbo et Ulysse, photo Dominique Cuyvers 

 

Equus Gestaltung c’est la Gestalt thérapie catalysée par la présence d’un animal hyper sensible de 500 kilos, libre de tout moyen de coercition. Les ateliers se passent en pleine nature en toute saison, chacun est ainsi obligé de sentir le temps, qu’il pleuve ou qu’il vente... Dans ces conditions le processus des prises de conscience est accéléré par la finesse du contact de ce noble animal dans un environnement qui est le sien… Quand le cheval vient au contact, il  est d’une telle qualité que tous s’en retrouvent bouleversés, nourris et habitant pleinement le corps, l’environnement, la situation, le « here, now and next ». 

 

Buffy Sainte Marie 2

Buffy Sainte Marie, photo internet

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Published by Equus Gestaltung
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commentaires

Dominique 04/12/2010 18:49


Merci Geneviève pour ce beau partage.


ROSINE 04/12/2010 15:59


Bonjour,

Je m'appelle Geneviève ROSINE,je suis en train de terminer ma production de fin de formation de gestalt-thérapeute.
Je me promène sur la toile,flane. Au détour du chemin, je rencontre ce texte merveilleusement illustré. Dieu qu'c'est beau, harmonieux! ça semble couler de source.
Au vu de cette lecture je me sens simplementinvitée à partager un temps suspendu.

merci
Geneviève


Berénice 24/10/2010 08:47


ça a l'air super ce "truc" ! Bravo !
(je transmets à des connaissances ...).